Je ne sais plus chanter et je ne sais rien dire;
Mes regards sont baissés, ou rêveurs ou distraits;
Je crains de soupirer, et toujours je soupire,
Je me tais ou gémis, j’expire ou je renais.
Je frissonne, et bientôt une flamme rapide
En parcourant mes sens fait palpiter mon sein;
A la fois délirante, incertaine, timide,
Je le cherche toujours, et toujours sans dessein.
S’il s’offre à mes regards, mon âme est éperdue;
S’il s’éloigne, je meurs! Trop tendre, je ne puis
Soutenir son départ ni supporter sa vue;
Absent, je le souhaite, et présent je le fuis.
Qu’est-ce donc que je sens? est-ce plaisir ou peine?
De ce mal inconnu faut-il mourir un jour?
Il me devient trop cher pour être de la haine,
Et me fait trop souffrir pour être de l’amour.
Anne-Marie d’Haupoul
In : Sabatier